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Incendie sur une plateforme de compostage : comprendre le risque et le détecter à temps
L’incendie est le principal risque des plateformes de compostage. Dans sa dernière synthèse consacrée au compostage, publiée en mai 2018, le BARPI (ministère de la Transition écologique) a analysé 124 accidents survenus en France : 115 étaient des incendies. Les chiffres plus récents vont dans le même sens. Le plus souvent, le feu ne vient pas de l’extérieur mais du cœur du tas, par auto-échauffement. Cet article explique comment ce feu se forme, dans quelles situations le risque augmente, et ce qu’un suivi continu de la température permet d’anticiper.

Le premier risque d’une plateforme
La synthèse du BARPI porte sur les accidents impliquant une activité de compostage recensés dans la base ARIA jusqu’à fin 2017 : 124 accidents, dont la moitié entre 2013 et 2017. 115 d’entre eux sont des incendies, soit 93 %.
Pour les 60 incendies dont l’origine est connue ou supposée, la cause la plus fréquente vient du procédé lui-même : près de la moitié (48 %) sont dus à une dérive de l’auto-échauffement. Suivent la malveillance (37 %) et les agressions externes comme la forte chaleur, le vent violent ou la foudre (35 %). Les défauts matériels sur les broyeurs, cribles ou convoyeurs (12 %) et les erreurs humaines (8 %) sont plus rares. Un même incendie peut avoir plusieurs causes, d’où un total supérieur à 100 %.
Aucun décès ni blessé grave n’est recensé, mais les conséquences restent lourdes. Les fumées imposent parfois le confinement ou l’évacuation des riverains, et les eaux d’extinction doivent être traitées. Quand plus de 10 000 m³ de déchets sont touchés, l’intervention dure souvent plusieurs jours. Dans les cas les plus coûteux, les pertes atteignent 0,4 à 1 million d’euros.
Le risque n’a pas diminué depuis. Dans son inventaire des accidents de 2022, le BARPI note que le nombre d’événements sur les installations de compostage a doublé en un an, de 14 en 2021 à 28 en 2022, tous liés à des incendies. En 2025, le traitement des déchets est le secteur qui compte le plus d’accidents et d’incidents parmi les installations classées (16 % des événements), et le ministère de la Transition écologique a fait des incendies dans les installations de gestion des déchets une priorité nationale.
Comment un tas prend feu de l’intérieur
La chaleur fait partie du compostage : les micro-organismes qui dégradent la matière en dégagent. Elle est même recherchée, puisque les installations soumises à autorisation doivent atteindre au moins 55 °C pendant 72 heures au total (arrêté du 22 avril 2008). Selon le BARPI, une température de 50 à 70 °C est idéale pendant la phase thermophile.
Le problème commence quand le tas produit plus de chaleur qu’il n’en évacue. La température continue alors de monter. Vers 80 °C, des réactions chimiques d’oxydation prennent le relais de l’activité biologique, et elles s’accélèrent avec la température. Le tas peut atteindre 150 à 200 °C sans aucune source extérieure : c’est l’auto-combustion.
Le feu reste d’abord couvant, sans flamme, au cœur du tas. Il est difficile à voir, et l’eau pénètre mal dans la masse. Quand le tas est ouvert ou que le vent l’aère, l’apport d’oxygène peut faire apparaître des flammes.
Les situations qui augmentent le risque
Le BARPI cite plusieurs facteurs : la composition des matières, leur humidité, la taille du tas, la température ambiante, la circulation de l’air et la durée de stockage. L’humidité joue un rôle central. Une matière entre 20 et 45 % d’humidité favorise l’auto-échauffement, alors que le compostage se déroule au mieux entre 40 et 55 %. Le compost mûr et les refus de criblage, plus secs, sont donc les plus exposés. Une humidité mal répartie pose aussi problème : une pluie sur un andain sec peut relancer l’échauffement.
La taille du tas et la durée de stockage comptent ensuite. Plus un tas est haut, plus il garde sa chaleur. Les arrêtés de la rubrique ICPE 2780 limitent ainsi les tas de matières fermentescibles à 3 m de haut (5 m sur dérogation) en fermentation et en maturation. Lors d’un incendie (ARIA 47656), le compost était stocké sur 8 m au lieu des 2,5 m autorisés. Un stockage de plusieurs semaines ou plusieurs mois sans manipulation augmente le risque de la même façon.
La météo aggrave ces situations : la canicule et la sécheresse assèchent les tas, le vent violent les oxygène. Les régions du sud de la France sont d’ailleurs surreprésentées dans les accidents. En 2022, année la plus chaude en France depuis 1900, la hausse des événements en compostage est en grande partie liée aux fortes chaleurs : 10 événements dus à des agressions naturelles, contre 1 en 2021.
Enfin, le défaut de suivi revient souvent. À Torcy, en 2021 (ARIA 57466), un andain de déchets verts a pris feu : il n’avait pas été retourné à l’échéance prévue, et aucune mesure de température n’y était faite. Comme les plateformes sont rarement occupées en permanence, beaucoup d’incendies se déclarent la nuit ou le week-end et sont découverts par un riverain ou un tiers.
Ce que recommande le retour d’expérience
Le BARPI conclut que le seul respect des prescriptions réglementaires aurait permis d’éviter une large partie de ces incendies, en particulier ceux dus à une perte de contrôle du procédé. Les contrôles récents montrent que les bases manquent encore souvent : en 2025, la DREAL Occitanie a mené 70 inspections inopinées dans des installations de gestion des déchets et relevé 294 non-conformités, dont des extincteurs ou des détecteurs absents ou mal entretenus, et des plans de défense contre l’incendie inexistants ou insuffisants dans une quarantaine de sites.
Ses recommandations portent d’abord sur la conduite des tas : respecter les hauteurs et volumes autorisés, séparer les stocks en lots espacés, réduire la durée de stockage sans manipulation, retourner plus souvent les andains et réhomogénéiser l’humidité après de fortes pluies.
Elles portent ensuite sur la surveillance. Le BARPI conseille de mesurer la température plus souvent que le minimum réglementaire, et plus encore pendant les fortes chaleurs ou après de fortes précipitations. Il recommande aussi de former les opérateurs à repérer les feux couvants : fumerolles blanches, odeur de combustion, sondes de température enfoncées profondément dans les tas. Au-delà de 80 °C ou en présence de fumerolles, il faut ouvrir le tas, l’arroser et le surveiller pendant plusieurs jours.
Ce qu’apporte un suivi continu de la température
Selon le BARPI, l’auto-combustion est un phénomène plus lent qu’un feu de surface et laisse plus de temps pour agir, à condition de la voir venir. Après un incendie de compost, un exploitant a par exemple installé un suivi continu de la température dans ses tas en maturation, avec deux sondes par alvéole et un report d’alarme (ARIA 41238).
La sonde GreenSensor mesure toutes les heures la température au cœur du tas et celle de l’air. Sur la courbe, un tas qui dépasse son plateau habituel et continue de monter se repère avant d’atteindre un niveau critique. La température de l’air aide à distinguer un échauffement interne d’un effet de la météo.
Vous fixez un seuil d’alerte, par exemple entre 80 et 85 °C : au-dessus de la plage normale de 50 à 70 °C, au niveau où le BARPI recommande d’ouvrir et d’arroser le tas. Dès qu’il est dépassé, un SMS ou un e-mail part vers les personnes choisies, y compris la nuit et le week-end, quand personne n’est sur le site.
Placez les sondes là où le risque est le plus élevé : stocks de compost mûr, refus de criblage, andains les plus gros. Sur un gros andain, prévoyez plusieurs sondes. Pendant une canicule ou un épisode de vent fort, les courbes permettent de suivre les tas sensibles sans multiplier les tournées. En cas de contrôle, l’historique montre que la température a été suivie.
La cause la plus fréquente des incendies de compost est un échauffement qui monte au cœur du tas. Mesurer cette température en continu et être prévenu au-delà d’un seuil donne le temps d’ouvrir, d’arroser ou de retourner le tas avant qu’il ne prenne feu.
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